dim 22/05/2022 - 11:03

Situation économique du Burundi à 15 ans après l'Accord d'Arusha: Performances du cadre macroéconomique et d’accès aux services sociaux de base

Après plusieurs années de guerre civile et d’instabilité permanente, l’Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi  a été signé le 28 août 2000 à Arusha, en Tanzanie. L’objectif  de ce papier est d’analyser l’évolution de la situation économique du Burundi  après la signature de cet Accord d’Arusha en s’intéressant particulièrement au Protocole IV et au focus sur les performances du cadre  macroéconomique et l’accès aux services sociaux de base. La période de stabilité qui a suivi la signature de l’accord d’Arusha a permis des améliorations relatives des performances économiques et d’accès aux services sociaux de base d’une part, et l’augmentation des ressources financières internes et externes d’autres part. Le cadre macroéconomique a connu une croissance positive et continue pendant une décennie, et une diminution de l’inflation jusqu’à un seul chiffre. Le Burundi a bénéficié des appuis pour le financement post-conflit qui ont permis d’avoir un niveau important de réserves et des capacités de financer les politiques de l’état,  notamment la stabilisation macroéconomique et les dépenses pro-pauvres surtout dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Cependant, la faible résilience de l’économie du Burundi aux chocs conjoncturels et le caractère pro-cyclique des dépenses publiques impliquent la nécessité d’une transformation structurelle de l’économie et d’une capitalisation de la coopération et des mécanismes de partenariat public-privé en vue de promouvoir les financements innovants du développement.

Mots clés : Burundi, Accord d’Arusha, Performances Macroéconomiques, Services sociaux de base. 

Abstract

After many years of civil war and instability, an Agreement for Peace and Reconciliation in Burundi was signed on 28 August 2000 in Arusha, Tanzania. This paper analyzes the evolution of the Burundi’s economic situation after the signing of the Arusha Agreement (Protocol IV) with a focus on the macroeconomic performance and in access on social services. In Burundi, the period of political stability that followed the signing of the Arusha Agreement has led to relative improvements in economic performance and access to basic social services on one hand, and increased internal and external financial resources on other hand. The macroeconomic framework has enjoyed positive and continuous growth for a decade, and a decline in inflation. Burundi has benefited from the support for post-conflict financing which allowed a high level of reserves and the capacity to finance the State policies such us the macroeconomic stabilization and the pro-poor expenses in the education and health. However, the low resilience of Burundi's economy to cyclical shocks and the pro-cyclical nature of public spending imply the need of a structural transformation of the economy and the capitalization of cooperation and public-private partnership mechanisms in order to promote innovative financing for development.

Key words: Burundi, Arusha Agreement, Macroeconomic Performance, Basic Social Services.

Introduction 

Après plusieurs années de guerre civile et d’instabilité permanente, l’Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi  a été signé le 28 août 2000 à Arusha, en Tanzanie. La conclusion de cet Accord et son début d’exécution changent les termes du conflit dans la mesure où la recherche de la sécurité pour les uns et la participation au pouvoir pour les autres connaissent un début de règlement dans un cadre plus ou moins inclusif et négocié (Ndayisaba, 2015 : 26). Ledit accord comporte cinq protocoles dont l’un (protocole IV) porte sur le développement économique et social (Accord d’Arusha, 2000 :1). 

Sur le plan théorique, il existe une relation bidirectionnelle entre les conflits et  le niveau de richesse, et avec les conflits, la fragilité, la pauvreté et la violence se renforcent ainsi mutuellement. En effet, l’étude de Collier et Hoeffler (1998 :5) révèle que le revenu initial, la fragmentation éthno-linguistique, les ressources naturelles, et la taille de la population sont  des déterminants de la durée et de la probabilité des guerres civiles. De ce point de vue, le « pourquoi économique » des négociations politiques s’explique par trois aspects majeurs : (i) la nécessité de faire face au cercle vicieux « conflits, fragilité, pauvreté et violence», (ii) les coûts du risque à rationaliser l’irrationnel, (iii) la volonté d’éviter la décomposition des États et le sous-développement économique. A ce sujet, Collier et al. (2003 :5) font observer que lorsque les guerres civiles augmentent et persistent, elles intensifient le niveau global de pauvreté. Depuis des décennies et surtout les années 1990, l’Afrique est le continent des conflits, de l’urgence et des tsunamis silencieux (Hugon, 2006). Les questions de sécurité sont  donc devenues prioritaires et des mécanismes de médiations sont devenus des formes privilégiées pour conduire et réussir les négociations entre les protagonistes.  

Avec la signature de l’Accord d’Arusha, le Gouvernement de transition a lancé un programme de développement économique et social à long terme et, avec le soutien des institutions internationales, le gouvernement devait s’atteler à redresser la situation économique, à inverser les tendances consécutives à la crise, notamment l'aggravation de la pauvreté, et à relever les défis spécifiques qui entravent le développement économique. Le gouvernement devait s'efforcer de corriger les déséquilibres dans la répartition des ressources limitées du pays et s'engager sur la voie d'une croissance durable dans l'équité. Il s’était fixé cinq objectifs principaux suivants : (i) augmenter les revenus des ménages ruraux et urbains, (iii) assurer une éducation primaire et secondaire à tous les enfants au moins jusqu'à l'âge de 16 ans, (iii) diminuer au moins de moitié le taux de mortalité infantile, (iv) permettre l'accès aux soins de santé à toute la population et, enfin,  (v) améliorer le bien-être de la population dans tous les domaines de la vie (Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, 2000 :80).

Après une quinzaine d’année, une analyse de la situation économique s’avère pertinente pour mettre en évidence les performances enregistrées pendant la période de stabilité observée après l’arrêt des hostilités. 

Cette contribution a donc l’objectif d’analyser l’évolution de la situation économique du Burundi  au regard du Protocole IV de l'Accord d'Arusha. L’analyse porte sur les performances du cadre  macroéconomique et l’accès aux services sociaux de base depuis l’année 2000. Ainsi, cette analyse porte sur trois aspects développés dans trois sections: la première explique l’importance de la dimension  économique des négociations politiques, la deuxième fait état de la dynamique de la situation macroéconomique au Burundi et la troisième présente les performances des secteurs sociaux depuis la signature de l’Accord d’Arusha.

  1. Raisons économiques des négociations politiques

En cas de conflits, les négociations politiques se justifient par des raisons économiques à travers des dimensions diverses. Les parties au conflit négocient pour trouver une solution pacifique et éviter que le pays retombe dans un cercle vicieux ‘‘pauvreté, violence et fragilité’’, pour rétablir la situation socio-économique et sécuritaire du pays, pour prévenir à la décomposition de l’État et au sous-développement économique. 

I.1. Le cercle vicieux ‘‘pauvreté, violence et fragilité’’

De façon générale, les négociations politiques s’expliquent par le souci de faire face aux conflits et de promouvoir le développement. Il s’agit d’une approche centrée sur la paix, sur un système politique inclusif et sur un mode de gouvernance efficace et, qui semble plus que jamais considéré comme susceptible d’apporter une solution viable pour surmonter la fragilité. Dans les pays en conflit, les guerres civiles réduisent les revenus et la pauvreté s'accentue. Ils ont des effets d'entraînement sur les pays voisins en augmentant le risque de guerres civiles. Ces dernières accentuent les dépenses militaires, et réduisent la croissance car un pays peut affecter davantage de moyens à son appareil militaire quand l’aide finance une partie des dépenses civiles du budget (Veron, 2004:53). Lorsque la structure de l’économie ne permet pas une résistance et de rebondir rapidement, l’impact est plus grave et plus prolongé.

Sur le plan théorique, il existe une relation bidirectionnelle entre les conflits et la croissance économique (niveau de richesse). En effet, les pays avec un faible revenu par habitant ont un risque plus élevé de conflit d’une part, et la guerre intensifie le problème de pauvreté globale (Collier et al. 2003 : ix). De ce point de vue, les décisions axées sur la croissance et celles axées sur la prévention des conflits se renforcent mutuellement (Humphreys, 2003 :273). Cet auteur  indique qu’en termes d'implication politique, il est plus efficace de concentrer les efforts de développement sur les pays vraiment pauvres plutôt que sur les pays à niveau de richesse intermédiaire. Au niveau microéconomique, l’augmentation du taux de croissance et du revenu réduit le risque de conflit. 

L’analyse économique des conflits a une dimension économique et une dimension institutionnelle. Les richesses naturelles, essentiellement du sous-sol, permettent le financement des conflits tout en étant un des principaux enjeux (Hugon, 2006 :38). En effet, les ressources peuvent être pillées et utilisées pour financer la guerre. Suivant la dimension institutionnelle, le type de régime politique constitue un important déterminant du conflit et les pays démocratiques présentent un risque beaucoup plus faible de conflits que les régimes répressifs (Yabile, 2013 :76). En plus des pertes en vies humaines, les conflits armés accentuent la pauvreté à travers les pertes  énormes de productions,  -besoins d’aides pour les populations, la sous-alimentation, les urgences alimentaires, la faim chronique généralisée. Au bout du compte, la pauvreté, violence et fragilité constituent un cercle vicieux et accentuent le niveau de fragilité des pays. Avec les conflits, la fragilité, la pauvreté et la violence se renforcent ainsi mutuellement et lorsque les structures de l’Etat sont trop faibles pour fournir des prestations élémentaires sur les plans social, économique et juridique ou pour garantir la sécurité, il n’est pas rare que les conflits connaissent une escalade. L’importance des négociations politiques est donc de sortir des conflits et s’atteler aux enjeux du développement.

I.2.Le souci de rétablir la situation socio-économique et sécuritaire 

En période de conflit armé, les négociations ont pour but de rétablir la situation socio-économique. Les effets de la guerre  civile sur les services sociaux et les conditions de vie des citoyens sont souvent néfastes. Outre des pertes en vies humaines, les conséquences de la guerre entrainent des destructions d’infrastructures économiques et sociales, des famines, des maladies, une pauvreté largement répandue, un taux de chômage élevé surtout chez les jeunes, etc. C’est ici qu’il faut mentionner l’inéluctable importance des négociations politiques souvent organisées pour, d’une part, mettre fin au conflit, d’autre part reconstruire la société post-conflit. Ainsi, comme l’affirme Touzard (2006 :73), le conflit peut être à la base de la négociation mais c’est aux acteurs engagés dans les négociations de proposer les voies de sortie du conflit. 

Même si les processus en jeu dans une négociation sont complexes dans la mesure où chacun des acteurs peut chercher à obtenir le maximum au détriment des autres, la phase des négociations d’accords de paix constitue le berceau de la résolution du conflit. Les négociations politiques sont vues comme une alternative à la violence et conduisent les parties prenantes à trouver des solutions qui leur sont communes. Dans ce cas, la solution « gagnant-gagnant » est la mieux « intégrative ». Elle intègre les intérêts de chacun, cherche une solution créative, originale et permanente. Cette solution découle d’une volonté manifeste d’arrêter le conflit car comme l’indique Touzard (2006 :73), « accepter de gagner moins pour gagner avec les autres »  exige un changement radical d’attitude. 

Dans le cadre du rétablissement du développement économique, le processus de négociation permet de faire face aux effets des événements observables (comme la destruction du capital physique) d’une part,  des effets des processus graduels qui ne se cristallisent que sur une longue période d’autre part. Au niveau économique, les négociations politiques conduisent à l’arrêt des hostilités et à la réaffectation des ressources pour reconstruire les infrastructures économiques. Sur le plan social, l’arrêt du conflit crée un environnement propice à l’intégration et l’organisation socioculturelle des communautés. Mieux construit, un tel environnement est à même de faire face  à l'intensification des tensions interethniques, aux traumatismes psychologiques infligés aux survivants et aux dégradations des écosystèmes qui peuvent resurgir plus tard et avoir des conséquences néfastes sur la reconstruction sociale.

Puisque ils posent la problématique du pouvoir et de la volonté de puissance, les conflits et les guerres semblent appartenir exclusivement au domaine d’investigation des sciences sociales et politiques. Toutefois, ils présentent des défis énormes économiques et soulèvent des questions de sous-développement économique, de faiblesse des économies de rentes et de prédation, ou encore  de montée en puissance d’une économie mondiale criminelle et mafieuse (Hugon, 2001 :153), dont la tendance est de rationaliser l’irrationnel et réduire l’« homo bellicus » à un « homo oeconomicus».

D’après Hugon (2006 :34), les conflits armés sont des catastrophes anthropiques avec un risque systémique  qui résulte de la combinaison de quatre facteurs: (i) structurels (sous-développement, caractérisés par la vulnérabilité et par l’exposition au risque des populations ayant une faible résilience), (ii) chocs conjoncturels, exogènes ou endogènes (liés à des événements subits et subis), (iii) institutionnels et politiques(caractérisés par des absences ou des défauts de prévention et de régulation, par une instrumentalisation et (iv) informationnels (la crise paroxystique répond toujours à une défaillance de l’information et de la propagande portée par les pouvoirs et les médias).

En termes de coûts, les conflits armés influent négativement sur le capital du pays. En effet, ils conduisent à une destruction ou à une dévalorisation du capital physique, du capital humain ainsi que du capital social qui repose sur la confiance, les règles ou les réseaux de relations. Les conflits armés peuvent  en outre avoir d’une part un coût élevé en termes de dépenses militaires et d’endettement extérieur, d’autre part un coût humain en termes de décès, de handicapés, de risque de développement des maladies transmissibles, de malnutrition et de famines,  de déplacés à l’intérieur et de flux de réfugiés dont la présence dans les pays limitrophes peut être une menace pour le pays d’origine.

I.3.La décomposition des États et le sous-développement économique 

Les conséquences des conflits armées vont jusqu’à la structure même des Etats surtout dans les pays africains. Alors que les États nations européens se sont largement constitués grâce à la guerre, selon l’adage « L’État fait la guerre, la guerre fait l’État», les guerres africaines sont des facteurs essentiels de décomposition des États et de sous-développement économique, non seulement en raison des destructions des hommes ou des biens qu’elles entraînent, mais aussi du fait de l’insécurité dans laquelle se trouvent les agents économiques.

Les guerres africaines conduisent à généraliser les migrations et les réfugiés, elles participent à la prolifération des maladies telles que le sida en soumettant les populations à la promiscuité notamment. De plus, les guerres fragilisent les droits de propriété ou restreignent l’accès aux services sociaux de base. Au bout du compte, les trappes à conflit et à sous-développement s’auto-entretiennent. Certes les années 1990-2000 ont été marquées par des conflits et violences dans presque toutes les parties de l’Afrique, mais la région des Grands Lacs a connu de nombreux conflits civils. 

Les armes légères ont fait un lourd bilan au Burundi entre 1988 et 2003, au Rwanda entre 1990 et 2003 et en Ouganda depuis 1986. Cette partie de l’Afrique a été le véritable cœur malade du continent, et il s’est déroulé, ce que certains ont appelé «la Première Guerre  Mondiale de l’Afrique» (Manzan, 2011 :33). Selon cet auteur, le nombre de victimes des conflits 1980 à 1995 étaient de 100.000 à 300.000 au Burundi, de 500.000 à 1 million au  Rwanda, et 100.000 à 500.000  en Ouganda. Le bassin du Congo a été le centre de l'un des plus meurtriers de la planète où huit pays (Zimbabwe, République démocratique du Congo, Angola, Namibie, Tchad, Rwanda, Ouganda et Burundi) s'y sont affrontés entre 1998 et 2003.

L’expérience de ces guerres montre jusqu’à quel niveau, les conflits armés entraînent la décomposition des États et conduisent les pays dans la trappe du sous-développement économique. A ce niveau, Tcheta-Bampa (2010 :1) indique (i) qu’à chaque design institutionnel correspond une qualité institutionnelle et à un niveau de développement économique, (ii) que les pays dotés des bonnes institutions sont placés sur un sentier de dépendance qui les protège du sous-développement, (iii) que les pays dotés par des mauvaises institutions sont enfermés dans une trappe à pauvreté et (iv) que les réformes institutionnelles sont toujours inspirées par le design institutionnel initial. Dès lors, comme l’indique Daouda (2011 :832),  le développement d’une région est impossible sans assurer la sécurité des personnes qui y vivent car les conflits qui éclatent dans certaines régions du monde sont souvent le corollaire d’un faible de niveau de développement local. 

  1. Dynamique de la situation macroéconomique au Burundi depuis la signature des accords d’Arusha

La signature de l’Accord d’Arusha a permis au Burundi de connaître une décennie de stabilité et des performances macroéconomiques variables suivant les secteurs. L’économie a enregistré une croissance économique positive et continue, une maitrise relative de l’inflation et une amélioration relative du solde budgétaire global. La situation des échanges extérieurs se caractérise par des balances déficitaires et une décenie de croissance du niveau des réserves internationales suivie par une baisse continue.

  1. Une période de stabilité avec une croissance économique positive et continue

Après la signature de l’Accord d’Arusha (en 2000), le Burundi a connu une période de stabilité relative qui a évolué vers une reprise économique et une croissance positive et continue pendant une décennie. Les secteurs agricoles et des services ont le plus contribué à l’augmentation du  Produit Intérieur Brut (PIB). La contribution des services a dépassé celle de l’agriculture depuis 2006. Sur la période 2000-2004, l’économie du Burundi a enregistré de fortes fluctuations du taux de croissance économique pouvant passer de 5% à 1% (soit une baisse de 4 points de pourcentage). A cette période, l’Accord d’Arusha était certes signé,  mais le conflit armé était toujours au plus fort, faisant que l’activité économique en pâtisse. Après l’arrêt des hostilités et l’organisation des élections générales de 2005, le Burundi a connu une décennie de stabilité politique et de croissance économique positive de 4% en moyenne par an. 

 

Figure 1. Evolution du PIB et des contributions sectorielles


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Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale(2017)

Bien qu’il soit resté inférieur au taux de croissance de 7% souhaité (dans le CSLPII) pour réduire la pauvreté de moitié, le taux de croissance que le Burundi a enregistré pendant la période de stabilité (jusqu’en 2014) est proche des autres Etats de la CAE et de l’Afrique subsaharienne en 2014 avec 5,9% et 5,4% respectivement. Pendant cette période de stabilité, le PIB par habitant a légèrement augmenté en passant de 219 $ USA en 2005 à 243$USA en 2014 (soit une augmentation de 24 $ USA en 10 ans). Ce niveau du PIB par tête d’habitant reste faible et son rythme de croissance (moins de 1% en moyenne par an) reste inférieur au taux de croissance de la population qui est de 2,4% (Rapport des OMD, 2015). Pour ce faire, l’objectif d’augmenter  le PIB par habitant et de le doubler dans l’espace d’une génération  tel que  consigné dans le protocole IV de l’Accord d’Arusha  n’a pas été atteint (Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, 2000 :80).

Avec la crise de 2015, les performances ont été profondément affectées. Le taux de croissance du PIB a chuté jusqu’à -3,9 % en 2015 et, à -0,5% en 2016. Il en est de même du PIB par habitant qui a baissé jusqu’à 227$USA en 2015(soit une baisse de 6,9%) et à 218 $USA en 2016 (soit 3,6%). Ce qui implique une forte sensibilité des performances économiques à l’instabilité politique au Burundi. 

Pendant la décennie de stabilité politique, l’économie du Burundi a vue l’émergence du secteur des services et sa contribution a dépassé celle de l’agriculture depuis 2006. En termes de contribution sectorielle, les services viennent en première position avec 43% en moyenne dans la valeur ajoutée contre 40% pour l’agriculture et moins de 20% pour le secteur industriel. Avec le choc de 2015, la contribution sectorielle des services a diminué en passant de 42% à 39% (soit une chute de 3%) tandis que la contribution de l’agriculture a augmenté en passant de 39% à 43% (soit 4 % de plus). La contribution du secteur industriel reste faible (moins de 20% du PIB) et il a été le plus touché par la crise 2015 avec une chute de 8%. Même si le secteur des services a été affecté par le choc de 2015(chute de 6%), il apparait le plus résilient car, en 2016, il a enregistré un taux de croissance de 8% contre des chutes de 11% et 7% respectivement pour les secteurs agricole et industriel. Une situation similaire s’observe également sur la période de 2000-2005 avec taux de croissance positif pour les services contre des taux négatifs pour agriculture et industrie.

  1. Une dynamique de maîtrise relative de l’inflation 

Bien qu’il y ait eu des périodes d’inflation à deux chiffres, le rythme d’inflation a eu une tendance générale décroissante depuis les années 2000. Cette  tendance est similaire à la tendance des variations de la masse monétaire et du taux de change du BIF pour un dollar américain ($USA). 

Figure 2 : Variation des prix et des taux d’intérêt


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Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale(2017)

Alors que le taux d’inflation (indice des prix à  la consommation) était de 24% en 2000, il a connu une tendance générale décroissante jusqu’à 2,8 % en 2006 et à 8% en 2007. Cette période a été caractérisée par un taux d’inflation à un seul chiffre sauf en 2003 (11%) et en 2005 (14%). Le taux d’inflation a augmenté jusqu’à atteindre encore 24,1% en 2008 mais la tendance a changé à partir de 2009 (11,0%) jusqu’à 6,4% en 2010. Le taux d’inflation à deux chiffres a été observé en 2012 où il a été de 18,0%, et  il a baissé jusqu’à 7,9%  en 2013(soit une baisse de 10,3%) et à 4, 4% en 2014 (soit une baisse de 3,5%). 

Cette situation d’une inflation à un chiffre s’explique par une situation de stabilité politique qui a permis de mettre en œuvre des politiques prudentes de gestion du cadre macroéconomique à travers un ralentissement de croissance monétaire et maîtrise relative du déficit public (Rapport de la banque mondiale, 2014 :).Même avec le choc de 2015, le taux d’inflation est resté relativement bas avec 5,6% et 7,6% respectivement en 2015et  2016. 

  1. Une offre globale dominée par les importations et une demande globale dominée par les dépenses publiques

Depuis le début des années 2000, l’économie du Burundi se caractérise par une offre dominée par les importations, et une demande globale dominée par les dépenses gouvernementales. Du côté de l’offre globale, les recettes publiques hors dons et l’épargne sont faibles. Quant à la demande globale, les investissements et les exportations sont à des niveaux relativement faibles avec des tendances décroissantes. 

Au niveau de l’offre globale, les importations de biens et services ont connu une croissance en passant de moins de 20% du PIB en 2000 jusqu’à  48% en 2005. Elles ont ensuite connu une baisse jusqu’à 28% du PIB en 2009, puis une hausse jusqu’à 47% en 2012. Néanmoins, les importations ont considérablement baissé depuis 2012 en passant de 47% du PIB à 29% en 2016 (soit une baisse de 18%). Cette baisse de l’importance des importations pourrait s’expliquer par l’évolution des réserves internationales qui a baissé à partir de l’année 2010 (Rapport de la Banque mondiale, 2014) et qui a affecté la capacité d’importer. Le nombre de mois d’importation est passé de 6 mois en 2010 à moins de 2 mois d’importation en 2016.

Figure 3: Composantes de l’offre et de la demande globale


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Source : Auteur à partir des données FMI (PER ASS 2006-2012-2016) et de la Banque mondiale (2017)

L’offre globale du Burundi est caractérisée également par une faiblesse de l’épargne nationale et des recettes publiques (hors dons) qui restent toujours inférieures à 20% du PIB. La faiblesse de l’épargne nationale peut s’expliquer par la faiblesse du revenu par habitant (moins de 300$USA) d’une part, et par des dépenses de consommation finale des ménages (plus de 65% du PIB) d’autre part. Concernant les recettes publiques, elles sont non seulement faibles mais aussi elles ont enregistré une tendance générale décroissante jusqu’à moins 9% du PIB en 2016; cela pourrait s’expliquer par la problématique de mobilisation des recettes internes lorsque le niveau de l’activité économique est faible (faible revenu, faible recettes fiscales, faible épargne). Ce qui constitue une entrave à la transformation structurelle de l’économie et, par conséquent, à la croissance économique soutenue.

Concernant la demande globale, elle est dominée par des dépenses publiques depuis 2008. En effet, les dépenses publiques ont connu une augmentation continue en passant de 18% en 2008 à 42% en 2011(soit une augmentation de 24%). Ce qui pourrait s’expliquer par l’importance des dons projets et appuis divers qui ont entrainé une augmentation des capacités de demande (investissement et consommation) du gouvernement. Même si cette composante de la demande globale est la plus importante, les dépenses publiques ont par la suite connue une chute continue jusqu’à 24% du PIB en 2016(soit une baisse de 18%). La dynamique des dépenses publiques est fortement liée à celle des flux d’aides. 

L’investissement total reste faible (moins de 20% du PIB) et il a chuté à 10,6% en 2015 contre 15,5% en 2014 (soit une variation de 4,9%) avant de connaitre une légère hausse jusqu’à 13,4% du PIB en 2016. Même si l’investissement reste moins important que les dépenses publiques, il a enregistré une croissance continue sur la période 2000-2010 en passant de 3% du PIB en 2000 à 31% du PIB en 2010(soit une augmentation  10 fois). Après, elle a connu une décroissance continue jusqu’à 28% en 2014 (soit une baisse de 3%) et à 17% du PIB en 2015 et 2016 (soit une baisse de 11%) ; ce qui peut s’expliquer par le choc de 2015. La demande globale se caractérise également par un niveau faible des exportations avec moins de 10% du PIB; ce qui s’expliquerait non seulement par la structure de l’économie burundaise dominée par des exportations de rente (café et thé), mais aussi par leur niveau de production et la dynamique des cours mondiaux.

  1. Des soldes budgétaires déficitaires 

Le secteur des finances publiques se caractérise par des soldes budgétaires déficitaires et le solde global hors dons est le plus profond. Alors qu’il s’est enfoncé  sur plusieurs années, le solde budgétaire global hors dons du Burundi a enregistré des améliorations remarquables depuis 2009. Même si les soldes budgetaires globaux (hors et dons compris) sont tous déficitaires, le solde hors dons est le plus profond jusqu’à 27% du PIB contre des valeurs inférieures à 7% du PIB pour le solde dons compris; le déficit le plus plofond dudit solde étant de -6% du PIB observé en 2015. Alors qu’il était de 7,1% du PIB en 2002, le déficit du solde budgétaire hors dons s’est enfoncé de façon continue jusqu’à 27,6% du PIB en 2008. A partir de 2009, la situation s’est relativelent améliorée avec une tendance générale décroissante jusqu’ à 17,6 %  du PIB en 2014, 19,6% en 2015 et 15,7% du PIB en 2016.

Figure 4: Evolution des soldes budgétaires globaux(%PIB)

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Source : Auteur à partir des données FMI (PER ASS 2006-2012-2016) 

L’amélioration du solde busgétaire hors dons, observée depuis 2009 pourrait s’expliquer par les améliorations de mobilisation de ressources intérieures et du rendement fiscal grâce à la création de l’Office Burundais des Recettes (OBR) et des mécanismes de «justice» fiscale mis en place. Quant à la  différence entre les deux soldes budgtaires, elle reflète à quel niveau les dépenses publiques du Burundi sont tributaires du niveau et des flux de dons. En effet, le solde budgetaire global dons compris est ralativement moins profonds du fait que les dons reçus contribuent au financement du déficit de l’Etat.

  1. Développements monétaires: dégre de monétisation et performances du système financier

Le Burundi se caractérise par un faible degré  de monétisation et un système financier dominé  par les banques. Avec un nombre réduit de banques (une dizaine), le niveau de financiarisation de l’économie du Burundi est également faible. En termes de développement monétaire, l’évolution de la masse monétaire a été relativement maitrisée sur la période  2007-2016.

Même s’il a connu une tendance générale croissante, le degré de monétisation reste quand même faible car la masse monétaire reste inférieure à 30 % du PIB.  Sur la période  2000-2010, il a connu  une tendance générale croissante en passant de 17% du PIB jusqu’à 28% du PIB. Cette période se caractérise également par de fortes variations de la masse monétaire qui vont jusqu’à 34% en 2008. A partir de 2011, la masse monétaire a connu une baisse continue jusqu’à 24% du PIB et le taux de croissance de la masse monétaire a connu une tendance générale décroissante. Ce qui implique la maitrise du mécanisme d’injection et de désinjection de la monnaie dans le circuit économique selon la conjoncture. 

Figure 5: Degré de monétisation et croissance de la masse monétaire


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Source: Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (2017)

Le système financier burundais se caractérise par une faible taille. Les actifs des banques commerciales qui représentent moins de 30% du PIB et les actifs de la Banque centrale varient entre 10 et 15% du PIB. Les deux catégories d’actifs ont suivi une tendance similaire sur la période 2000-2016. Les actifs des banques commerciales ont connu une croissance en passant de 19 % en 2000 à 27% en 2003 et les actifs de la banque centrale sont passés de 10% du PIB à 14% du PIB sur la même période. Après une chute en 2005, les deux catégories ont enregistré  des tendances générales croissantes, mais ils restent inférieurs à  leur niveau de 2003. 

Pour ce qui est de l’activité  du système financier, le crédit domestique total distribué par le système financier représenete environ 30% du PIB. Il a connu une tendance générale croissante en passant de 22% en 2000 à 29% en 2006 avant de baisser jusqu’à 20% en 2008. Par après, la tendance est devenue croissante jusqu’à 35% du PIB en 2016. Quant au crédit domestique du secteur privé, il varie entre 14 et 20% du PIB et, il a connu une tendance générale légèrement décroissante en passant de 20% en 2003 juqu’à 17% du PIB en 2016. Le crédit domestique total distribué par le système financier et le crédit domestique du secteur privé ont eu une  tendance générale similaire jusqu’en 2014 mais une divergence s’observe à  partir de 2015. Cela pourrait s’expliquer par le financement intérieur du budget de l’Etat depuis 2015 qui fait que les créances à l’administration centrale ont considérablement augmenté jusqu’à dépasser les créances à  l’économie en 2015.

 

  1. Des soldes extérieurs déficitaires et une diminution continue des réserves en devises

La situation des échanges extérieurs se caractérise par des balances déficitaires et d’importantes fluctuations des réserves internationales. Les balances des opérations courantes et des biens et services ont des tendances générales similaires certes, mais le déficit est plus profond pour la balance des biens et services.

Figure 6: Evolutions de la stuation des échanges extérieurs


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Source : Auteur à partir des données de la Banque mondiale (2017)

Même si les soldes extérieurs sont toujours déficitaires, l’évolution des échanges extérieurs du Burundi permet de distinguer deux périodes. La première période a été marquée par une déterioration des deux balances avec un déficit le plus profond pour les biens et services qui est passé d’environ 10% à 40% du PIB en 2006 tandis que le déficit de la balance des opérations courantes  est passé d’environ 1% en 2000 à 16% du PIB en 2008. La deuxième période a été marquée par une amélioration relative, car les déficits ont diminué jusqu’à 26% du PIB pour les biens et services et à 12% du PIB pour les opérations courantes. Cependant, ces améliorations sont à relativiser dans la mesure où ces diminutions de déficit ne reflètent pas nécessairement une amélioration de la situation économique, car elles peuvent s’expliquer par une diminution des capacités d’importation au regard de l’évolution des réserves internationales et la dépréciation de la monnaie nationale.

En effet, les réserves avaient augmenté jusqu’à 53% de la dette extérieure et les capacités d’importation sont passées de 3 mois d’importation en 2000 à 7 mois d’importation en 2010. Cette période correspond à une mobilisation financière accrue d’appuis budgétaires conséquente et soutenue (Coopération international et developpement Europe Aide, 2015 :iii) ainsi qu’une augmentation des assistances au développement. Depuis 2011, les réserves ont diminué jusqu’à 17% de la dette extérieure en 2016 et les capacités d’importation ont diminué jusqu’à plus ou moins 2 mois d’importation. Cette situation a eu des effets sur le taux de change car le Franc burundais ( FBU)  s’est déprécié de façon continue avec un rythme plus accentué depuis 2011. C’est au cours de cette période que les ressources extérieures ont diminué aussi bien pour les appuis budgétaires que les autres flux d’assistance au gouvernement. Les bailleurs ont, à partir de 2010/2011, réalloué leur aide vers des circuits parallèles (Coopération international et developpement Europe Aide, 2015 : ii) 

  1. Performances des secteurs sociaux depuis la signature de l’Accord d’Arusha

Après la signature de l’Accord d’Arusha,  le Burundi a enregistré des  performances  dans les secteurs sociaux. Des écarts par rapport à la profondeur de pauvreté ont été observés ainsi que des performances remarquables en ce qui concerne le taux de scolarisation. De même, le pays a connu des avancées notables dans le domaine de la santé où on réalise  des baisses de taux de mortalité infantile et maternelle.

  1. Profil de la pauvreté et dynamique des objectifs de développement

Les résultats de l’enquête sur les conditions de vie des ménages (2014) révèlent que, dans l’ensemble, le Burundi a enregistré une diminution des écarts par rapport à la profondeur de pauvreté entre 2006 et 2014. En effet, le taux de pauvreté monétaire est passé de  67,1 % en 2006 à  64,6 % en 2014 (soit une diminution de 2,4%), et  l’indice d’écart de la pauvreté  est passé de 33,3 % en 2011 à 25,1 % en 2014 (soit  une baisse de 7,9%). Ces résultats impliquent que la croissance économique observée durant la décennie 2005-2014 (environ 5% par an sur la période) serait pro-pauvre dans la mesure où elle s’est accompagnée à la fois d’une réduction de la pauvreté, mais également de la baisse sensible des écarts par rapport au seuil de pauvreté. 

Au niveau des objectifs du développement, la réduction de la pauvreté reste un défi important qui nécessite une forte croissance économique et une maitrise de la croissance démographique. En matière de réalisation des objectifs du  millénaire pour le développement (OMD), le Burundi n’a atteint aucun indicateur de la Cible 1 : « Réduire de moitié entre 1990 et 2015 la proportion (la population)  dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour ». Pour cette cible, par rapport à la référence de 35% en 1990, il fallait atteindre 17,5% en-dessous du seuil de pauvreté. Or, avec trois indicateurs de cette cible, aucun n’a été  atteint (Rapport sur les OMD, 2015). 

  1. Performances du secteur de l’éducation 

Dans le domaine de l’éducation, le Burundi a connu des performances remarquables en ce qui concerne le taux de scolarisation. Non seulement, le taux brut de scolarisation a considérablement augmenté mais aussi la parité a connu des améliorations remarquables.

Graphique 7 : Evolution des taux bruts de scolarisation sur la période 2000-2016

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Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (2017)

Dans le secteur de l’éducation, des progrès remarquables ont été atteints en ce qui concerne le taux de scolarisation primaire. Alors qu’il variait entre 57% et 75% entre 2000-2005, le taux brut a augmenté considérablement (en passant de 60 % en 2001 à 135% en 2010) et la parité de sexe au niveau de la scolarisation primaire a enregistré une croissance considérable et continue jusqu’à 135 en 2012. Bien qu’il ait connu une baisse, le taux de scolarisation brute au primaire est resté supérieur à 100% avec 124% en 2015. Les taux de scolarisation ont augmenté avec plus de garçons que de filles mais le Burundi a atteint le progrès souhaité en 2015 avec une fille pour un garçon scolarisé au primaire (Rapport sur les OMD, 2015:1).

Au niveau secondaire, le taux brut de scolarisation a connu une tendance décroissante en passant de 44% en 2005 à 33% en 2012, mais la tendance a changé à partir de 2013. Ce taux a augmenté jusqu’à 47% en 2015. En considérant les filles et les garçons, les taux ont certes enregistré une croissance, mais ils restent à moins de 43% en 2015. De plus, l’indice de parité entre filles et garçons n’a pas fait de progrès sensibles, il se situe au niveau stationnaire de 7 filles pour 10 garçons scolarisés (Rapport sur les OMD, 2015:30). Ces disparités se creusent au fur et à mesure que l’on avance dans la pyramide éducative car l’indice de parité fille se situe à 0,5 seulement au niveau supérieur. Ces avancées sont imputables à l’effet combiné de la gratuité et de l’amélioration de l’offre en infrastructures, en enseignants et par l’entremise des cantines scolaires introduites dans certaines écoles en guise d’encouragement (Coopération international et développement EuropAid, 2015:96). Au secondaire, l’offre d’enseignants constitue le principal facteur déterminant de la scolarisation. De plus, l’amélioration de la scolarisation a été plus marquée pour les filles au primaire comme au secondaire.

  1. Avancées en matière d’accès aux soins et services de santé

Des avancées sensibles sont observées dans le domaine de la santé tant sur le niveau de réduction de mortalité infantile qu’au niveau de la réduction du taux de mortalité maternelle. Le Burundi a enregistré une baisse remarquable du taux de mortalité infantile et néonatale et du taux de mortalité maternelle.

Dans l’ensemble, la mortalité infantile (plus de 80 pour 1000 naissances) est plus élevée que la mortalité néonatale (moins de 40 pour 1000 naissances), et le Burundi a enregistré des améliorations sensibles pour les deux indicateurs sur les quinze dernières années. Les améliorations sont plus remarquables au niveau du taux de mortalité infantile qui a diminué en passant de 152 pour 1000 naissances en 2000 à 99 pour 1000 naissances (soit une baisse de 53 en 10 ans) et à  82 pour 100 en 2015 (soit une baisse de 17 points en 5ans). Le taux de mortalité néonatale a également diminué en passant de 39 pour 1000 en 2000 à 29 pour 1000 naissances (soit une baisse de 10 en 15 ans) en 2015.

Figure 8: Evolution de la mortalité infantile et de la mortalité maternelle


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Source : Auteur à partir des données de la Banque mondiale

Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (2017)

Source : Construit par l’auteur à partir des données de la Banque mondiale (2017)

Au niveau de la santé maternelle, des progrès s’observent également au regard de l’évolution du taux de mortalité. Il est passé de 954 pour 100.000 en 2000 à 804 pour 100.000 en 2010 (soit une baisse de 50 en 10 ans) et à 712 pour 100.000 en 2015 (soit une baisse de 92 en 5 ans). Ces performances pourraient s’expliquer par l’évolution  du taux d’accouchement assisté en milieu de soins qui a augmenté en passant de 22,9% en 2005 à 60% en 2010 et à 68% en 2012 grâce notamment à la mesure de gratuité des soins pour les accouchements instaurée depuis 2006 et à la stratégie de financement basé sur les performances (FBP). Les avancées enregistrées dans le secteur de la santé peuvent aussi s’expliquer par la dynamique des financements de ce secteur. Certaines périodes sont caractérisées par une augmentation des dépenses de la santé provenant de l’Etat ou des partenaires de l’Etat. Sur la période de 2000-2015, les dépenses de santé représentent 9% du PIB en moyenne et ont connu une progression positive. Alors qu’elles étaient de 6% du PIB entre 2001-2003, les dépenses de santé ont connu une tendance croissante jusqu’à 11% du PIB en 2010. Cette période de croissance des dépenses de santé correspond à la période de croissance économique positive et de stabilité politique. Cependant, la tendance a changé avec une baisse continue jusqu’à 8% en 2015. Les ressources provenant du budget général ont été multipliées par 12 entre 2005 et 2013; le secteur de la santé absorbant ainsi près de 11% du budget général (hors dette) entre 2010 et 2013 contre 3,5% en 2005 (Coopération international et développement EuropAid, 2015:104).

Les dépenses courantes de santé sont dominées par des ressources extérieures qui représentent en moyenne 38% contre les ressources de l’Etat qui représentent 24%. Les ressources extérieures ont connu une tendance générale croissante sur la période en passant de 18% en 2003 à 58% des dépenses courantes de santé en 2010. Selon le rapport de Coopération international et développement EuropAid (2015:104), les financements extérieurs sont passés de moins de 1MUSD en 2005 à près de 4MUSD en 2006 et à 100 MUSD en 2010. Il s’agit également d’une période où les assistances au développement étaient au haut niveau (en 2010). La part des ressources extérieures a baissé à 39 % en 2011 pour reprendre la hausse jusqu’à 60% en 2013. Bien que la part des ressources extérieures reste importante, elle a connu une baisse continue jusqu’à 41% des dépenses courantes de santé en 2015. 

Depuis 2003, la part des ressources extérieures qui passait à travers le gouvernement a augmenté en passant de 9% du total des ressources extérieures à 62% en 2010. Néanmoins cette part a baissé à 47% en 2011. Elle est remontée jusqu’à 65% en 2012 mais les années 2013 à 2015 ont été caractérisées par une baisse de cette part avec respectivement 62%, 58% et 52%.

Conclusion 

L’objectif de cette contribution était d’analyser l’évolution de la situation économique du Burundi après la signature, le 28 août 2000, de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi. Notre analyse a porté sur le protocole IV de l'Accord d'Arusha consacré à la Reconstruction et au développement et présente les performances du cadre macroéconomique et en matière d’accès aux services sociaux de base. Cette analyse s’inscrit dans une approche de l’économie institutionnelle qui met en relief les liens entre la stabilité/instabilité politique et les performances économiques et sociales.

La signature des accords d’Arusha a été suivie des périodes de transition et de cessation des hostilités, et le Burundi a connu une période de stabilité relative avec une amélioration relative des performances des secteurs économiques et sociaux. Le cadre macroéconomique a connu une croissance positive et continue (même si elle est restée inférieur à la cible visée pour une réduction de la pauvreté) pendant une décennie, et une diminution de l’inflation jusqu’à un seul chiffre. 

Avec la cessation des hostilités, le Burundi a bénéficié des appuis pour le financement post-conflit qui ont permis d’avoir un niveau important de réserves et des capacités de financer les politiques de l’Etat notamment la stabilisation macroéconomique et les dépenses pro-pauvres. Les efforts de mobilisation des ressources et de politiques macroéconomiques prudentes ont permis une maîtrise relative de l’inflation et une réduction des déficits budgétaires pendant la période de stabilité politique. Malheureusement, le choc de 2015 a fortement affecté les acquis d’une décennie de stabilité. 

Au niveau des secteurs sociaux, le Burundi a enregistré une diminution des écarts par rapport à la profondeur de pauvreté en général. La pauvreté monétaire a par ailleurs légèrement diminué entre 2006 et 2014. Bien que la réduction de la pauvreté reste un défi important qui nécessite une forte croissance économique et une maîtrise de la croissance démographique, le Burundi a enregistrée des avancées en ce qui concerne l’accès aux services de base notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé. Dans le cadre des dépenses pro-pauvres, les deux secteurs ont fortement bénéficié des financements post-conflits. Cependant, avec la problématique d’accès aux marchés financiers, les politiques budgétaire et monétaire du Burundi ont un caractère pro-cyclique du fait que le niveau des dépenses publiques est directement lié aux flux des ressources extérieures en termes d’assistance au développement ou d’appuis budgétaire.

En somme, la période de stabilité qui a suivi la signature de l’accord d’Arusha a permis des améliorations relatives des performances économiques et d’accès aux services sociaux de base d’une part, et de l’augmentation des ressources financières internes et externes d’autre part. Cependant, la faible résilience de l’économie du Burundi aux chocs conjoncturels et le caractère pro-cyclique des dépenses publiques impliquent la nécessité: d’une transformation structurelle de l’économie pour générer plus de ressources domestiques et élargir l’espace budgétaire; d’un environnement politique et d’affaires plus attractifs pour les investisseurs privés; d’une capitalisation de la coopération et des mécanismes de partenariat public-privé en vue de promouvoir les financements innovants du développement.

 

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